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Camille Gagnon


CHRONIQUE # 56

LES POÊLES À GRANULES DE BOIS : EST-CE UN BON INVESTISSEMENT ?

Les poêles à granules, mis au point dans l'ouest américain au début des années 80, ont fait leur apparition au Québec il y a déjà une bonne quinzaine d'années maintenant. Initialement, on proposait comme combustible des grains de maïs séché. Depuis, on brûle principalement des pastilles composées de sciure de bois compressée.

Au point de vue environnemental, ce combustible est intéressant à plusieurs égards :

  • on commercialise un rebut, abondant au Québec, qui est encore souvent un déchet encombrant ; 
  • le moulage de ces granules se fait sans utiliser de liants chimiques ; 
  • le rendement élevé de la combustion de ce produit donne une fumée relativement propre.

Pour le consommateur, ce combustible sera intéressant s'il peut compétitionner avec les autres sources de chaleur au niveau des coûts, de la sécurité et du confort obtenu. Avant de parler des coûts, voyons d'abord comment est construit et comment opère un poêle à granules de bois.

La chambre de combustion de ces poêles est alimentée automatiquement en granules combustibles. Pour cela, le poêle possède une trémie, soit un réservoir en forme de pyramide renversée, dans laquelle on verse périodiquement des sacs de granules. Une vis sans fin, dont la vitesse ou le temps de fonctionnement est ajustable et contrôlable, dose la quantité de combustible brûlé.

Ce type d'alimentation a un avantage incontestable sur un poêle au bois : on peut facilement contrôler la quantité de chaleur produite, en contrôlant la quantité de combustible brûlé. De plus, ce poêle peut fonctionner sans aucune surveillance et s'éteindra de lui-même s'il vient à manquer de combustible. Selon les modèles et les besoins en chaleur, l'autonomie de fonctionnement peut aller d'une demi-journée à plus de deux jours.

Avec ce type de poêle, une cheminée est inutile. Pour évacuer les gaz produits, on installe plutôt un simple évent débouchant sur le côté de la résidence. Un ventilateur électrique, branché sur ce conduit, pousse la fumée produite à l'extérieur. Ceci crée une aspiration dans la chambre de combustion forçant l'entrée d'air comburant par un deuxième conduit qui prend son air à l'extérieur.

Un deuxième ventilateur, à vitesse variable, a pour fonction de faire circuler l'air de la pièce entre la chambre de combustion et l'enveloppe extérieure du poêle. Le but de cette ventilation forcée est de récupérer la plus grande partie de la chaleur produite et l'envoyer dans la pièce. On obtient ainsi des rendements saisonniers élevés de l'ordre de 75 à 80% pour les appareils les plus performants.

Du point de vue technique, on voit poindre quelques inconvénients à ce type de poêle. Comme il est muni de trois moteurs, en cas de pannes d'électricité il ne fonctionne plus, à moins d'avoir un équipement électrique de secours assez coûteux. De plus, toute cette mécanique peut, un jour ou l'autre, faire défaut. Ça peut également être bruyant.

Ces poêles ont de plus un autre inconvénient majeur : leur prix. Une fois installé, relié à un évent et muni de batteries de secours rechargeables, les coûts d'investissement dépassent très facilement les 3000 $. Si cet appareil de chauffage est acheté dans le but premier de diminuer la facture d'énergie, est-ce que les économies seront suffisamment élevées pour rentabiliser l'investissement ?

Prenons comme hypothèse que le chauffage électrique d'une résidence standard représente un coût annuel d'environ 1300 $. Si l'installation d'un poêle à granules permet de combler les 3/4 des besoins de chauffage, à 3,80 $ le sac de 40 livres, les économies pour l'année seront d'environ 325 $ pour un appareil dont le rendement saisonnier est de 75%. Pour un appareil coûtant autour de 3000 $, il faudra donc environ 9 ans pour récupérer l'investissement.

L’octroi de subventions gouvernementales à l’achat de ces appareils, comme c’est le cas notamment dans plusieurs pays européens dont la France, contribuera à améliorer la rentabilité de l’investissement en réduisant la période d’amortissement.

Si l'on compare avec les coûts du chauffage au bois, la combustion de granulés équivaudrait à payer le bois environ 80 $ la corde de 16 pouces, s’il est brûlé dans un poêle efficace dont le rendement saisonnier est de 70%. Comme on peut encore se procurer du bois de chauffage de bonne qualité pour ce prix ou à un prix légèrement supérieur, sans tenir compte du coût d’achat plus élevé pour un poêle à granules comparé à un poêle à bois à haute performance, chauffer aux granules ou au bois représente donc actuellement des coûts en énergie sensiblement équivalents. 

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Camille Gagnon, Technologie de la mécanique du bâtiment
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2505, rue St-Hubert, Jonquière, Québec, Canada, G7X 7W2
Courriel: camille.gagnon@sympatico.ca

Cet article a été publié initialement dans le CAHIER MA MAISON du PROGRÈS-DIMANCHE du 29 janvier 1995. Dernière révision : 2 mars 2006



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