

CHRONIQUE # 99
PEUT-ON RÉCUPÉRER LA CHALEUR D'UNE SÉCHEUSE ?
Une sécheuse à linge est habituellement reliée à un conduit d'évacuation qui débouche directement à l'extérieur de la résidence. Lorsque l'appareil fonctionne, il rejette de l'air pris dans l'espace habité qui a été, de plus, chauffé par l'élément électrique de la sécheuse. Récupérer cette chaleur perdue, est-ce techniquement réalisable ? Si oui, est-ce payant ?
Pour un ménage de 4 personnes, Hydro-Québec évalue qu'un sèche-linge, d'une puissance de 5 000 Watts, fonctionne en moyenne 3,3 heures par semaine. À un débit d'air de séchage, estimé à 50 litres à la seconde selon la SCHL, l'énergie théoriquement récupérable représente un montant annuel entre 40 et 50 $ si l'on considère que la saison de chauffage s'étend sur une période de 8 à 9 mois. La récupération d'une partie de cette chaleur peut donc être intéressante, s'il existe un moyen très simple et peu coûteux de la réaliser.
Le moyen le plus simple de récupération est de retourner l'air, sortant de la sécheuse, directement dans une pièce de l'habitation. Avec cette solution, nous avons une récupération intégrale de la chaleur. Cependant, ça risque de présenter des problèmes.
Le premier de ces problèmes a trait à l'humidité. Selon la SCHL, le séchage du linge à l'intérieur d'un logement libère environ 12 kilogrammes d'eau par semaine sous la forme de vapeur, soit plus de deux gallons de liquide. Ce mode de récupération est donc à rejeter dans les maisons qui ont déjà des problèmes d'excès d'humidité.
Si au contraire, nous avons affaire à une maison "passoire", dont l'air doit être humidifié durant l'hiver, l'humidité rejetée dans les pièces ne présentera pas de problèmes. On peut par contre rencontrer des problèmes de qualité d'air.
En effet, au début du cycle de séchage, il y a une production importante de vapeur d'eau. Vers la fin de cycle, le linge étant beaucoup moins humide, c'est de la charpie composée de petites fibres de tissu qui est entraînée par le courant d'air de séchage. Le filtre d'une sécheuse ne retient que les plus grosses fibres. Les poussières les plus fines demeurent dans l'air évacué. Si l'on souhaite retourner cet air dans la pièce, il faudra ajouter un deuxième filtre. De plus, il faudra le nettoyer ou le remplacer très souvent pour éviter que cette couche de poussière compacte n'entrave le fonctionnement normal de la sécheuse.
Un autre moyen envisageable, pour récupérer une fraction de cette chaleur, est d'évacuer l'air humide à l'extérieur au début du cycle et de le rejeter à l'intérieur à la fin du même cycle de séchage, lorsque l'humidité dans l'air évacué a diminué.
Dans les quincailleries, on offre de petits appareils qui peuvent faire ce travail. Ils sont constitués de deux sorties, l'une débouchant sur l'extérieur et l'autre à l'intérieur. L'utilisateur positionne manuellement une trappe qui dirige l'air vers l'une ou l'autre des sorties. Ça se vend une dizaine de dollars sans aucun filtre et leur utilisation requiert de l'attention.
Si la trappe de l'appareil précédent était reliée à un détecteur d'humidité, le changement de direction du courant d'air pourrait se faire automatiquement selon le degré d'humidité de cet air évacué. Le problème, avec ce genre d'équipement à double sortie, qu'il soit manuel ou automatique, est que l'on rejette, avec l'air humide, une grande partie de la chaleur récupérable. Ceci réduit considérablement les économies possibles.
Un dernier moyen, encore plus coûteux, serait de relier le conduit d'évacuation à un échangeur de chaleur. Cette solution causerait certainement, par temps froid, des problèmes de condensation et de givre dans l'appareil, en plus de se salir de fines particules de charpies.
Toute cette quincaillerie pour réduire la facture d'énergie de quelques dizaines de dollars par année au gros maximum ; c'est se donner beaucoup de mal pour peu de résultats, ne trouvez-vous pas ?
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Cet article a été publié initialement dans le CAHIER MA MAISON du PROGRÈS-DIMANCHE DU SAGUENAY du 18 décembre 1994